création 2026
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Chloé, comédienne sur le point d’incarner Nora dans Une Maison de poupée d’Ibsen, passe un week-end dans un hôtel du Sussex avec son mari, Henri, et leur fils, à l’occasion d’un séminaire professionnel organisé pour ce dernier.
Ce huis clos, filmé en direct, révèle les fissures d’un couple confronté à des réalités divergentes, à des non-dits et à des frustrations accumulées.
En parallèle, un récit filmique revient sur l’adolescence de Chloé, marquée par un milieu modeste et par une mère victime de violences conjugales.
Le texte d’Ibsen traverse ces deux temporalités — le présent et le passé — et éclaire la manière dont les traumatismes et les schémas familiaux continuent de façonner l’histoire de Chloé.
Olivier Talpaert
En votre Compagnie
oliviertalpaert@envotrecompagnie.fr
Le Quai – CDN Angers (à partir de la saison 26/27)
Jacques Peigné
jacques.peigne@lequai-angers.eu
Nadia Guiollot
02 44 01 22 38
nadia.guiollot@lequai-angers.eu









Scènes d’intérieur est née d’une relecture d’Une maison de poupée d’Henrik Ibsen. Plus précisément, c’est la dernière scène qui a attiré notre attention : celle où Nora prend conscience de sa condition et décide de quitter le foyer familial, laissant derrière elle ses enfants.
À partir de cette question, nous avons décidé d’écrire une fiction autour des violences conjugales et des enfants, victimes collatérales.
Nous avons créé une histoire divisée en deux temporalités : le présent de Chloé au théâtre et son passé, vu à travers un événement décisif vécu par sa mère, Lénaïg qui met un terme aux violences de son mari en le quittant.
Scènes d’intérieur présente donc deux récits croisés qui n’en forment qu’un seul :
– Le premier récit, celui de Chloé au présent, montre une actrice évoluant dans un milieu aisé, dont le mari, en apparence irréprochable, devient violent – à l’image de Torvald, qui bascule lorsqu’il découvre que Nora a pris une décision sans le consulter.
– Le deuxième récit, celui du passé de Chloé, montre sa mère, issue d’un milieu modeste, subissant des violences conjugales répétées et trouvant le courage de quitter le foyer en emportant ses enfants.
Ainsi, le texte confronte une violence répétitive qui s’insinue dans le quotidien et une violence soudaine qui éclate, deux formes de violences qui n’épargnent aucun milieu social.
Les enfants, témoins silencieux, deviennent des personnages qui interrogent l’avenir : Que sera demain ? Dans quelle mesure reproduisons-nous le modèle parental ?
En somme, ils incarnent ce qui n’est pas encore, mais qui adviendra peut-être. Ces violences débordent du cadre du couple et contaminent l’ensemble de la cellule familiale. Chloé adolescente joue ici un rôle essentiel : elle incarne la femme en devenir qui cherche à se construire en opposition au modèle parental, mais qui sera finalement rattrapée par la violence qu’elle a connue durant son enfance.
De nombreuses études traitent de la continuité – ou de la discontinuité – intergénérationnelle de la violence, sans parvenir à un consensus. Ce sujet est complexe, car il implique une multitude de facteurs.
Cependant, il est indéniable que les traumatismes vécus durant l’enfance façonnent nos schémas relationnels et influencent la manière dont nous vivons l’amour et la vie de famille.
En invitant, par la fiction, à imaginer le lien de filiation entre les deux Chloé, nous avons voulu incarner la complexité et la persistance des violences conjugales dans la vie d’une femme – de l’enfance à l’âge adulte.
J’ai fait le choix de concevoir une scénographie où l’espace du film devient indissociable de l’espace scénique. Cette fusion spatiale annonce « la couleur » : nous ne sommes ni dans un projet purement théâtral, ni purement cinématographique, mais dans un langage hybride où les deux médiums se mettent au service d’une histoire de violence et de transmission intergénérationnelle et du fantôme de la Nora d’Ibsen.
Cette création puise ses racines dans Une maison de poupée d’Ibsen (1879), œuvre visionnaire qui dénonce l’infantilisation de la femme dans le mariage bourgeois où l’épouse demeure un objet décoratif privé d’autonomie.
Plus d’un siècle après cette pièce fondatrice, malgré les conquêtes juridiques et l’égalité formelle des droits, la violence conjugale révèle la persistance souterraine de ce besoin névrotique de domination.
Mon film raconte l’histoire de Léna à la fin des années 1990, mère de 3 enfants et d’une adolescente, Chloé. Il illustre cette troublante continuité : privé de son pouvoir légal sur sa femme, Adrien recourt à la violence pour maintenir son emprise. Cette brutalité domestique constitue la face cachée d’un patriarcat qui refuse de disparaître.
Pour Chloé, la découverte d’Ibsen au lycée devient un miroir cruel de son quotidien familial. Quand Nora claque la porte pour fuir son mari oppresseur, la jeune fille reconnaît l’impossible liberté de sa mère, coincée dans Une maison de poupée moderne faite de peurs quotidiennes.
La violence qui explose en elle contre sa camarade traduit cette rage impuissante face à un système qui, bien que condamné par la loi, continue de broyer des femmes.
(en alternance avec le film sur l’adolescence de Chloé)
Sur scène, Chloé a maintenant 43 ans.
Elle accompagne son mari avocat dans le Sussex avec leur fils Simon. Ils passent la nuit dans un hôtel où doit se dérouler une soirée pour célébrer la fusion d’un cabinet britannique avec le cabinet d’affaires français pour lequel travaille Henri.
L’histoire est filmée sur scène. Cette performance live crée une temporalité unique, jamais reproductible, où le spectacle devient à la fois théâtre et cinéma en direct.
Chaque soirée génère un film différent pour capturer l’émotion brute et l’authenticité de l’instant présent.
La mise en scène théâtrale devient une performance filmique projetée sur le même écran, en alternance avec le film sur l’adolescence de Chloé.
L’enjeu de cette performance consiste à coller au plus près du corps des acteurs, caméra à l’épaule, pour tenter de créer une intimité inédite au théâtre grâce à la proximité physique entre acteurs et cadreurs.
Là où les mots parfois s’arrêtent, l’image nous permet d’approcher de l’indicible grâce au jeu de l’acteur scruté à la loupe. (Quand je dirige les acteurs dans l’espace scénique, je répète simultanément chaque plan avec les cadreurs, véritables partenaires de jeu et d’une certaine manière, acteurs à part entière.)
Le public assiste ainsi à la création d’une œuvre cinématographique en temps réel, où l’imprévu, les nuances d’interprétation et la magie du direct s’inscrivent dans l’image. Cette dimension performative transforme chaque représentation en événement, créant une intimité particulière entre les spectateurs, les acteurs et cette histoire de couple, d’enfants et d’amour toxique malaisante.
J’ai choisi de travailler avec Marie Denarnaud pour notre troisième collaboration. Cette confiance mutuelle construite au fil de nos projets précédents est essentielle pour travailler sur l’intimité. Marie possède cette capacité rare à révéler la vulnérabilité et la force sans jamais tomber dans la complaisance.C’est ma première collaboration avec Arthur Igual, un acteur puissant et charismatique. Même s’il devient violent, le personnage d’Henri est séduisant tout au long de la pièce. C’est un personnage ambigu qui ouvre des portes de compréhensions aux mécanismes de domination.Pour le film je me suis entourée d’enfants et d’acteurs proches de mon travail comme Pauline Parigot, Emmanuelle Bercot et de la jeune Prune Bozo.
Les compositions de Émilie Quinquis, première productrice de musique électronique à composer en langue bretonne, tiennent une place centrale dans cette création. Sa musique crée des connexions subtiles et un dialogue permanent entre les mots, les corps des acteurs au plateau et les images projetées. Cette création musicale originale est le fil conducteur émotionnel qui unifiera tous les langages de notre spectacle hybride, tissant un lien invisible mais essentiel entre toutes les temporalités de notre récit.
© Isabelle Jouvante
© Isabelle Jouvante
@ Isabelle Jouvante